Promesse d’une peau plus ferme, d’articulations plus souples et de cheveux plus résistants, le collagène est partout. Dans les rayons des pharmacies, sur les réseaux sociaux, dans les compléments alimentaires avalés chaque matin ou les sérums appliqués avant de dormir. En quelques années, cette protéine naturellement présente dans notre organisme est devenue la nouvelle star du marché du bien-être.
Le collagène est devenu l’un des ingrédients phares de l’industrie cosmétique. Amélioration de l’élasticité de la peau, hydratation, soutien des articulations ou encore récupération musculaire… On lui prête de nombreux bienfaits. Dans une société où le vieillissement est souvent perçu comme un problème contre lequel il faudrait lutter, la promesse séduit. Le collagène est ainsi devenu un symbole du « bien vieillir », porté par les influenceurs, les stars et une industrie du bien-être en pleine expansion. Pourtant une question demeure : d’où vient réellement le collagène que nous consommons et quel est son impact sur la planète ? Éléments de réponse.
Collagène : la protéine qui soutient notre peau, nos os et nos articulations
Son nom vient du grec kólla, qui signifie « colle ». Une définition plutôt juste puisque le collagène agit comme une sorte de ciment biologique. Présent dans la peau, les os, les tendons, les ligaments ou encore le cartilage, il assure la cohésion et la résistance de nombreux tissus. À lui seul, il représente près d’un tiers des protéines présentes dans le corps humain. Sans lui, notre peau perd de sa fermeté, nos articulations deviennent plus fragiles et certains tissus se régénèrent moins efficacement. Les chercheurs ont identifié jusqu’à 28 types de collagène différents. Les plus connus sont :
- Le collagène de type I, associé à la peau, aux cheveux et aux ongles ;
- Le collagène de type II, principalement présent dans le cartilage ;
- Le collagène de type III, que l’on retrouve notamment dans les muscles et certains organes.
Problème : la production naturelle de collagène diminue progressivement avec l’âge. Selon les données disponibles, cette baisse commencerait dès 25 à 30 ans et s’accentuerait au fil du temps. Un phénomène qui explique l’intérêt croissant pour les compléments alimentaires et les produits cosmétiques contenant du collagène qui alimente aujourd’hui un marché mondial estimé à plus de 4 milliards de dollars.
Collagène : quand la quête de jeunesse rencontre la déforestation
Contrairement à ce que certains emballages peuvent laisser penser, le collagène n’est pas une ressource végétale. En effet, la majorité du collagène commercialisé est d’origine animale. Le collagène bovin est extrait des peaux, des os et des tissus conjonctifs des vaches. Le collagène porcin est issu des mêmes parties chez le porc. Quant au collagène marin, il est généralement obtenu à partir des peaux et des résidus de poissons. Longtemps considéré comme un simple sous-produit de l’industrie de la viande, le collagène est aujourd’hui devenu une matière première à forte valeur économique. Selon le média Britannique The Guardian, les produits non carnés issus du bétail, dont le collagène, peuvent représenter jusqu’à 20 % des revenus générés par une vache abattue. Autrement dit, le collagène n’est plus seulement un résidu : il est devenu un marché à part entière.
Mais à mesure que le marché du collagène se développe, son empreinte environnementale suscite de plus en plus d’interrogations. Une enquête menée par le Guardian, le Bureau of Investigative Journalism, le Center for Climate Crime Analysis (CCCA), ITV et le média brésilien O Joio e O Trigo a mis en lumière les liens entre certaines filières de collagène bovin et la déforestation au Brésil. Selon ces investigations, des bovins élevés dans des exploitations impliquées dans la destruction de zones forestières auraient intégré des chaînes d’approvisionnement internationales destinées à la production de collagène. Parmi les territoires concernés figurent le Gran Chaco, l’un des plus vastes massifs forestiers d’Amérique du Sud, mais aussi l’Amazonie brésilienne. Si le collagène bovin est souvent présenté comme un simple résidu de l’industrie de la viande et du cuir, en réalité, sa valeur économique croissante contribue à renforcer un modèle d’élevage qui serait à l’origine d’environ 80 % de la déforestation en Amazonie. Une réalité qui contraste avec l’image naturelle et bienveillante associée aux produits qui en contiennent.
Enfin, contrairement à des matières premières comme le soja, le cacao, le café, l’huile de palme, le caoutchouc, ou encore le bois, le collagène n’est pas soumis aux dispositifs de vigilance visant à lutter contre la déforestation importée. Résultat : les marques ne sont aujourd’hui pas tenues de rendre compte de l’impact environnemental de leurs approvisionnements, laissant persister une importante zone d’ombre sur l’origine réelle du collagène utilisé dans de nombreux produits du quotidien.
Le collagène marin : une solution miracle ?
Face aux critiques visant le collagène bovin, de nombreuses marques mettent en avant le collagène marin. Son principal avantage serait de valoriser des sous-produits issus de la pêche, notamment les peaux de poissons qui auraient autrement été jetées. Dans cette logique d’économie circulaire, l’impact semble plus limité. Mais là encore, tout dépend des pratiques utilisées. Et attention aux effets rebonds. En effet, à défaut d’encadrement, une demande croissante risquerait d’encourager la surexploitation des ressources marines et ainsi fragiliser certains écosystèmes.
Le « collagène végétal », un abus de langage qui entretient une certaine confusion
Contrairement à ce que certaines promesses marketing peuvent laisser croire, le collagène végétal n’existe pas à proprement parler. Pourquoi ? Tout simplement parce que les plantes ne produisent pas de collagène. Autrement dit, ce que l’on appelle communément « collagène végétal » désigne en réalité des formules contenant des vitamines, des minéraux ou des extraits végétaux destinés à soutenir la production naturelle de collagène par l’organisme. Notons que certains chercheurs travaillent sur des alternatives innovantes utilisant la fermentation ou certains micro-organismes capables de reproduire des protéines similaires au collagène animal. Des solutions qui suscitent un intérêt croissant car elles pourraient permettre de répondre à la forte demande de collagène sans recourir à l’élevage intensif.
Vers un collagène plus responsable ?
Le succès du collagène illustre les contradictions qui traversent aujourd’hui l’industrie du bien-être. D’un côté, une demande croissante portée par la recherche de solutions anti-âge et de santé. De l’autre, des impacts environnementaux et éthiques qui interrogent la durabilité de certaines filières. Le développement de pratiques de sourcing responsables, l’amélioration de la traçabilité et l’émergence d’alternatives innovantes pourraient contribuer à réduire l’empreinte écologique du secteur. Mais face à un marché mondial en pleine expansion, la question de la régulation et de la transparence reste plus que jamais d’actualité.
La meilleure réponse n’est sans doute pas de diaboliser le collagène, mais de mieux comprendre son origine. Alors avant d’acheter un complément alimentaire ou un produit cosmétique content du collagène, interrogez vous sur la traçabilité des ses ingrédients, sur les engagements environnementaux de la marque et sur les certifications associées à son approvisionnement. Et surtout, n’oubliez pas que notre corps sait naturellement fabriquer du collagène. Une alimentation diversifiée comprenant notamment du poisson, des œufs, du poulet et des aliments riches en vitamine C contribue déjà à soutenir la production de collagène.