Fashion Week : l’impact écologique du glamour

La Fashion Week de Paris vient de s’achever, laissant derrière elle ses paillettes, ses podiums et ses stories Instagram. Mais au-delà du spectacle, une question se pose : quel est le véritable impact environnemental de ces défilés grandioses qui rythment le monde de la mode chaque saison ?

La toute première Paris Fashion Week remonte à 1973. Bien avant cela, dès la fin du XIXᵉ siècle, les créateurs avaient déjà pour habitude de dévoiler leurs collections dans des salons privés. En 1943, c’est à New York qu’Eleanor Lambert inaugure la première « Fashion Week », alors appelée « Press Week ». Quelques années plus tard, en 1951, le styliste Giovanni Battista Giorgini convie plusieurs maisons italiennes à présenter leurs créations dans sa villa. Le succès est immédiat : les défilés attirent les foules et, faute d’espace à Florence, ils seront transférés à Milan en 1957. En 1961, Londres rejoint à son tour le mouvement, en mettant en avant ses créateurs à l’esprit avant-gardiste. Depuis, la Fashion Week, reste le rendez-vous incontournable des passionnés de mode et des médias. Chaque année, les projecteurs se braquent sur Paris, Milan, New York et Londres pour célébrer la créativité des plus grandes maisons de couture. Mais derrière les podiums éphémères et les flashs des photographes, se cache un coût environnemental bien réel.

241 000 tonnes de CO₂ pour un an de Fashion Week

Difficile de chiffrer avec précision l’empreinte carbone laissée par les Fashion Weeks. Jusqu’à récemment, aucune donnée fiable ne permettait de mesurer l’impact réel de ces événements phares du monde de la mode. Le rapport Zero To Market, réalisé par Carbon Trust et ordre.com, apporte quelques éléments concrets. L’étude s’est concentrée sur les émissions liées aux déplacements : trajets internationaux pour assister aux défilés, transports locaux entre les shows, hébergements, mais aussi envois de collections d’une capitale à l’autre. Autant d’allers-retours qui, mis bout à bout, pèsent lourd dans la balance carbone. En analysant sur une année les quatre grandes Fashion Weeks le rapport estime à 241 000 tonnes d’équivalent CO₂ les émissions générées uniquement par les transports. À titre de comparaison, cela représente un peu plus du double des émissions annuelles de gaz à effet de serre d’un territoire comme Monaco, aux émissions annuelles de 51 000 voitures ou encore à l’éclairage de la tour Eiffel pendant plus de 3060 ans. Si ce chiffre est considérable, il est pourtant en dessous de la vérité. En effet, l’étude n’a pas pris en compte, par exemple, les déplacements des influenceurs, journalistes et équipes médias, pourtant nombreux à se rendre sur place à chaque édition. Elle ne prend pas non plus en compte l’empreinte des décors, des éclairages, des after-show…

Selon les données du rapport, New York décroche la palme de la Fashion Week la plus polluante. À elle seule, la métropole américaine génèrerait près de 60 000 tonnes d’équivalent CO₂ chaque année. Elle est suivie par Paris, avec environ 45 000 tonnes, puis Londres, avec 28 000 tonnes.

Source : Statista

Comment rendre la Fashion Week plus durable ?

Face à des consommateurs de plus en plus avisés, le monde de la mode commence timidement à remettre en question ses pratiques. Certaines maisons et organisateurs cherchent des moyens de réduire l’empreinte écologique de ces rendez-vous emblématiques, sans pour autant sacrifier la créativité ni l’aura qui entoure les Fashion Weeks. Parmi les pistes explorées : réutiliser les décors sur plusieurs événements, favoriser les matériaux recyclés, produire moins de pièces pour les défilés, ou encore imaginer des collections plus responsables. La Fashion Week de Copenhague, expérimente quant à elle des formats hybrides ou numériques, limitant les voyages et les décors pharaoniques. Reste la question de fond : notre rapport à la consommation. Selon Refashion, les achats neufs de vêtements, chaussures et linge de maison ont atteint un record en France en 2024, avec en moyenne 42 articles d’habillement par personne, pour un prix moyen de 15,60 euros. Un rythme effréné qui alimente la machine de la mode et, avec elle, la multiplication d’événements comme les Fashion Week.

Laisser un commentaire