Au Palais de la Porte Dorée, une exposition d’envergure met en lumière un phénomène devenu central : les migrations provoquées par le dérèglement climatique. Intitulée « Migrations & climat », et à découvrir jusqu’en avril 2026, elle explore la manière dont les bouleversements environnementaux redessinent les territoires et poussent des millions de personnes à l’exil.
En croisant regards artistiques, scientifiques et citoyens, « Migrations & climat » invite à replacer l’humain et le vivant au cœur des débats. Ainsi, en réunissant artistes, chercheurs et témoins, « Migrations & climat » met en lumière les visages humains de la crise écologique. Loin d’une approche purement alarmiste, l’exposition propose un espace de réflexion collective : Comment habiter un monde qui change ? Comment s’adapter sans reproduire les inégalités qui poussent déjà certains à fuir ?

Quand le climat force à partir
Depuis toujours, l’humanité s’est déplacée pour s’adapter aux mutations de son environnement. C’est sur ce constat que s’ouvre le parcours, en remontant jusqu’aux années 1930 aux États-Unis, marquées par les gigantesques tempêtes de poussière du Dust Bowl. Ces tempêtes, provoquées par plusieurs années de sécheresse, avaient poussé des milliers de familles à fuir leurs terres agricoles. Un exode resté dans la mémoire collective, immortalisé par le film Les Raisins de la colère de John Ford, une des œuvres emblématiques présentées dans l’exposition.

© EPPPD-Collection Musée national
de l’histoire de l’immigration
© ADAGP, Paris, 2025
Un phénomène mondial, des réalités locales
« L’idée de toutes nos expositions est de parler de sujets difficiles en prenant des biais qui vont accrocher les visiteurs, que ce soit par la connaissance, par le sensible ou par des œuvres d’art qui interrogent », explique Constance Rivière, directrice du musée. Elle cite notamment une installation spectaculaire composée de coraux créés par 20 000 personnes : « Voir tous ces coraux, de toutes les couleurs, ça permet de comprendre pourquoi leur disparition est si dangereuse », poursuit-elle. Cette entrée en matière artistique donne le ton : l’exposition tisse un dialogue constant entre science, art et témoignage pour mieux saisir les conséquences du dérèglement climatique telles que les montées des eaux, la disparition d’espèces, les tempêtes ou encore les sécheresses extrêmes. Du Sénégal à la Louisiane, en passant par la France et le Groenland, le visiteur découvre une dizaine de situations concrètes où le changement climatique bouleverse déjà les conditions de vie. « Le changement climatique est un des premiers facteurs de migration et de déplacement de populations dans le monde aujourd’hui. Ces impacts vont se mêler et influencer aussi les facteurs politiques, économiques ou culturels de migration », souligne François Gemenne, conseiller scientifique de l’exposition. Et les chiffres sont sans appel : « Ce sont 25 millions de personnes qui sont déplacées chaque année par des catastrophes climatiques. C’est davantage que les personnes déplacées par les guerres ou les violences », rappelle-t-il.

© EPPPD-Musée national de l’histoire de l’immigration.
Photo de Thierry Bal
© ADAGP, Paris, 2025.
Un parcours immersif entre art, science et engagement
Riche de plus de 200 œuvres, l’exposition mêle photographies, documentaires, vidéos, infographies, installations et témoignages. Les créations de Lucy + Jorge Orta, Inès Katamso, Margaret Wertheim, Ghazel ou encore Quayola y côtoient des archives scientifiques et des récits de vie. Chacune de ces voix, issues des quatre coins du monde, du Pacifique au Sahel, éclaire la diversité des expériences face aux dérèglements climatiques. « Fruit d’un travail rigoureux mené avec un conseil scientifique constitué d’experts internationaux, Migrations & climat donne ainsi à voir et à entendre, dans leur diversité, des réalités souvent méconnues, mises en lumière par les données issues d’organisations spécialisées mais aussi par les échanges au long cours avec des témoins ou des activistes des zones concernées. »