Dans son premier rapport annuel consacré à l’environnement, publié le 16 septembre 2025, la Cour des comptes appelle l’État à agir « en urgence » pour rattraper les retards dans la transition écologique.
Les magistrats soulignent que « le coût de la transition » est « bien inférieur à celui de l’inaction ». Selon leurs calculs, rester dans le statu quo conduirait à une perte de 11,4% du PIB d’ici 2050, alors que la mise en œuvre immédiate de politiques climatiques réduirait cette perte à 7%. Pourtant, « depuis plusieurs mois, la préoccupation écologique semble être passée au second plan », regrette l’institution, citant la guerre, l’instabilité internationale et la priorité donnée au redressement budgétaire.
Des objectifs climatiques hors de portée sans accélération
Selon la Cour des comptes, les résultats français restent insuffisants pour atteindre la réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 et la neutralité carbone en 2050. Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, pointe « une erreur » de perception : « On a parfois le sentiment que c’est devenu un superflu, un empêchement, une dépense non nécessaire. » Il rappelle au contraire que « la transition est nettement moins coûteuse que l’inaction ». La Cour insiste également sur le « retard préoccupant » en matière d’adaptation, entendez les politiques publiques qui doivent protéger les populations et les infrastructures face aux effets déjà visibles du changement climatique.
Une facture climatique qui explose
« Plus l’action est différée, plus la facture s’alourdit », avertit l’ancien ministre socialiste de l’Économie. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : le coût annuel moyen des sinistres climatiques en France pourrait atteindre 4,7 milliards d’euros entre 2020 et 2050, soit presque deux fois plus que les trente années précédentes. À titre d’exemple, les inondations dans les Hauts-de-France en 2023 ont généré 640 millions d’euros de dommages assurés, tandis que le cyclone Chido à Mayotte en 2024 a coûté près de 800 millions d’euros. Le rapport écorne au passage le gouvernement, pointant les 19,6 milliards d’euros dépensés en 2022 pour financer le bouclier énergétique. Une somme qui aurait pu être investie dans le développement des énergies renouvelables, selon les membres de la Cour des comptes.
Doubler les investissements et mobiliser le privé
Alors comment s’adapter aux enjeux ? La Cour estime que les investissements doivent doubler dans les cinq prochaines années. Si entre 2022 et 2024, ils ont atteint entre 100 et 110 milliards d’euros par an, la Cour préconise d’ajouter au moins 100 milliards supplémentaires chaque année. Pour combler le retard, les membres recommandent de mobiliser plusieurs leviers : fiscalité écologique, subventions ciblées, commande publique, mais aussi suppression progressive des niches fiscales favorisant les énergies fossiles. Enfin, les « sages » insistent sur la dimension sociale de cette transition, jugeant essentiel de protéger les ménages modestes, souvent confrontés à des restes à charge trop élevés malgré les aides existantes.