Autour de Rennes, la gestion publique de l’eau fait ses preuves

Gestion publique, tarification solidaire, sobriété : autour de Rennes, le modèle public de l’eau potable s’impose comme une référence durable et accessible pour les collectivités.

Alors que la pression sur la ressource en eau est croissante, certaines collectivités font le choix de reprendre la main. Autour de Rennes, cette orientation vers une gestion entièrement publique produit des effets concrets. Dix ans après sa mise en place, le modèle s’impose comme une alternative crédible, notamment pour les petites communes. À La Chapelle-Chaussée (1 300 habitants), le maire Pascal Pinault n’a aucun doute. Avant, la distribution de l’eau était assurée par un opérateur privé, avec des résultats jugés insuffisants. « Le conseil municipal avait décidé sans hésitation de rejoindre Rennes Métropole et la nouvelle Collectivité eau du bassin rennais », se souvient-il. Aujourd’hui, les effets sont visibles : « le prix du mètre cube d’eau a baissé, des tarifications sociales pleines de bon sens profitent à nos habitants et tous les réseaux du bourg ont été remis à neuf. »

Fin des délégations privées : comment Rennes a repris la gestion de l’eau en 10 ans

Le tournant remonte à 2015. Le Syndicat mixte de production d’eau potable évolue pour intégrer Rennes Métropole et plusieurs communautés de communes. Une nouvelle structure voit alors le jour : la Collectivité eau du bassin rennais (CEBR), chargée de piloter l’ensemble du service, de la protection de la ressource jusqu’à la distribution. Pour assurer l’exploitation, une société publique locale (SPL) est créée. Le principe est simple : au fil de l’arrivée à échéance des contrats privés, les collectivités récupèrent la gestion. Depuis le 1er janvier 2025, la SPL est l’unique opérateur du service public de la CEBR. Une bascule complète vers le public, sans rupture brutale.

Avant cette réorganisation, les disparités tarifaires étaient marquées. « En 2015, la ville de Rennes proposait un prix de l’eau à moins de deux euros du mètre cube […] quand les plus petits syndicats d’eau étaient généralement entre 2,75 euros et 3 euros », rappelle Véronique Meury, responsable du pôle tarification. La mutualisation a permis d’aligner progressivement les prix. Un tarif cible de 2,70 euros le mètre cube est atteint en 2024 pour les 56 communes historiques. Mais la logique ne s’arrête pas là. « Nous avons institué des tarifs progressifs par tranches […] et la gratuité des 10 premiers mètres cubes », précise-t-elle. À cela s’ajoutent des mécanismes correcteurs : un écrêtement pour les familles nombreuses et une allocation eau pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire. « Depuis quelques années, 20 euros sont automatiquement versés […] nous touchons ainsi 87% des bénéficiaires potentiels, contre 60% auparavant. »

Investir dans le réseau d’eau plutôt que rémunérer des actionnaires

Un passage en gestion publique qui modifie profondément l’utilisation des ressources financières. « Notre SPL ne fait pas de bénéfice, cela signifie que les ressources dégagées sont utilisées pour investir », explique Pascal Hervé, président de la SPL. Ainsi, chaque année, près de 55 kilomètres de canalisations sont renouvelés. « Nous renouvelons […] avec, comme priorité, les secteurs à faible rendement ou ceux qui ont connu des casses », indique Cédric Ducruix, responsable du pôle distribution. L’objectif est clair : maintenir un taux de fuite inférieur à 8%. Un changement de logique qui produit ses effets. « Pour chaque reprise […] nous avons constaté une progression automatique de 3% du taux de rendement », indique le SPL. Une amélioration directement liée à la recherche active de fuites et à leur réparation. « Nous avons aussi gagné en technicité, en expertise juridique et en conseil. »

Service public de l’eau : maintenir la proximité malgré une gestion à grande échelle

Malgré l’ampleur du dispositif, la question de la proximité reste centrale. En effet, l’organisation repose sur des référents territoriaux (un pour une quinzaine de communes) et sur des antennes locales, créées en 2025. De nouveaux services ont également émergé. Parmi eux, l’analyse de la couverture en défense incendie. « C’est pour nous une information essentielle, opposable aux demandes de permis de construire », souligne Pascal Pinault. La mutualisation ouvre également de nouvelles perspectives. À La Chapelle-Chaussée par exemple, elle a permis de financer l’installation d’une borne-fontaine dans un village du Togo. « Nous n’aurions jamais pu financer seul ce projet à 30 000 euros », souligne le maire. « C’est ça aussi l’effet levier de la CEBR. »

Sur ce territoire alimenté à 80% par des eaux de surface, l’enjeu est désormais d’anticiper. La stratégie est posée : ne pas augmenter les volumes produits, malgré la croissance démographique. Le programme local d’économie d’eau, Ecodo, vise ainsi à réduire les consommations à toutes les étapes. Mais l’équation reste complexe. « Garder l’exigence et la compétitivité en situation de monopole, c’est un enjeu majeur », reconnaît le responsable distribution, alors que les traitements nécessaires pour potabiliser l’eau deviennent plus lourds.

Chiffres clés de l’eau potable dans le bassin rennais : consommation, prix et performance

  • 26,8 millions de m³ d’eau produits par an
  • 42 m³ consommés en moyenne par habitant (contre 54,6 au niveau national)
  • 4 615 km de réseau
  • 55 km renouvelés par an (environ 10 millions d’euros)
  • 91,3 % de rendement
  • 161,92 € pour 60 m³
  • 10 premiers m³ gratuits, puis tarification progressive
  • 20 € montant de l’allocation eau versée à 16 600 bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire.

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