Acheter français serait trop cher ? Une étude récente montre au contraire que le prix des produits importés cache souvent un coût bien plus élevé pour l’économie et les territoires.
Quand il s’agit de comparer deux produits, le premier réflexe reste presque toujours le même : regarder le prix. Et bien souvent, c’est le moins cher qui l’emporte. Une logique solidement ancrée, héritée de décennies de mondialisation, mais qui pourrait bien s’avérer trompeuse. Car derrière un prix affiché se cachent d’autres réalités, souvent invisibles au moment de l’achat : impact sur l’emploi, contributions fiscales, dynamisme des territoires. Autant d’éléments qui interrogent la notion même de « bon marché ». C’est précisément pour remettre ces enjeux au cœur du débat qu’a été lancée, en janvier 2026, l’Alliance du Fabriqué en France. Portée à l’initiative de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), cette coalition réunit organisations patronales, syndicats de salariés et acteurs de la certification du Made in France, avec une ambition claire : défendre la souveraineté industrielle française. Une initiative qui invite à repenser nos habitudes de consommation… et à reconsidérer ce que nous payons vraiment lorsque nous achetons un produit.
Le prix réel d’un produit importé : ce que l’étiquette ne dit pas
Un t-shirt fabriqué en Asie et vendu quelques euros paraît souvent imbattable. Pourtant, selon l’étude « Acheter français le “vrai” prix derrière l’étiquette », menée par KPMG pour l’Union des industries textiles, la comparaison ne devrait pas s’arrêter pas au prix d’achat. En effet, une entreprise qui produit en France réinjecte en moyenne 84% de son chiffre d’affaires dans l’économie nationale, sous forme de salaires, de sous-traitance locale et de contributions fiscales. À l’inverse, une entreprise qui importe génère seulement 35% de retombées économiques sur le territoire. Concrètement, cela signifie qu’un produit importé peut sembler moins cher, mais représenter jusqu’à 1,8 fois plus de coût pour la collectivité si l’on prend en compte les retombées économiques perdues. C’est précisément ce raisonnement que défend aujourd’hui l’Alliance du Fabriqué en France : intégrer ces retombées économiques dans l’évaluation du coût réel d’un produit.
Derrière le « made in France », des emplois bien réels
Pour comprendre ce que recouvrent ces chiffres, il suffit de regarder des exemples concrets. Dans l’industrie textile, l’entreprise 1083 a fait le pari de relocaliser toute sa chaîne de production en France, notamment dans la Drôme. Résultat : chaque jean fabriqué localement mobilise une filière complète ( filature, tissage, confection) et soutient plusieurs dizaines d’emplois sur le territoire. Même logique dans l’industrie du petit électroménager. L’entreprise SEB a relocalisé certaines productions, comme des friteuses et des bouilloires, dans ses usines françaises. L’objectif : sécuriser les chaînes d’approvisionnement et maintenir des savoir-faire industriels. Des exemples qui illustrent une réalité souvent invisible pour le consommateur : derrière un produit fabriqué localement, ce sont des emplois, des sous-traitants et des recettes fiscales qui restent sur le territoire.
La commande publique : un levier encore sous-utilisé
Mais cette logique ne concerne pas seulement les consommateurs, elle vaut aussi pour l’État et les collectivités locales. Chaque année, la commande publique représente environ 170 milliards d’euros d’achats en France. Pourtant, une large part de ces marchés bénéficie à des entreprises étrangères. Ainsi, près de 60% des achats publics concernent des produits importés, alors que seuls 22% des achats publics sont aujourd’hui orientés vers la fabrication française. Lors des Jeux olympiques de Paris 2024, par exemple, une grande partie des produits dérivés et textiles ont par exemple été importés de Chine. Un paradoxe régulièrement citée par les industriels comme le symbole d’une commande publique qui privilégie encore trop souvent le prix le plus bas. « Une anomalie flagrante », selon Olivier Ducatillion, président de l’Union de l’industrie textile, et porte-parole de l’Alliance du fabriqué en France, pour qui cet argent pourrait devenir un puissant levier de réindustrialisation. L’idée n’est pas de contourner les règles européennes, mais d’intégrer davantage de critères sociaux et territoriaux dans les appels d’offres. D’autres pays l’ont déjà compris. Aux États-Unis, par exemple, la politique « Buy American » favorise l’achat de produits fabriqués sur le territoire dans de nombreux marchés publics.
Vers une consommation responsable qui intègre l’origine des produits
Ces débats rejoignent une évolution plus large de la consommation responsable. En effet, souvent, la focale se concentre uniquement sur l’impact environnemental : emballages, transport ou encore émissions carbone. La question de l’origine de la production semble désormais s’imposer pour soutenir une économie qui crée de la valeur là où elle est fabriquée et consommée : dans les territoires, les bassins industriels et les réseaux de PME. C’est cette idée que défend L’Alliance du Fabriqué en France pour qui le made in France n’est pas seulement une étiquette marketing, mais un choix économique et social. Une manière de rappeler que derrière chaque produit se joue aussi une partie du modèle économique et social du pays. Pour les consommateurs comme pour les acheteurs publics, la question devient alors plus large que le simple prix : qu’achète-t-on vraiment lorsque l’on choisit un produit ?