Et si les déchets marins devenaient une matière première de la construction durable ? C’est le pari de la start-up bretonne Ostrea qui transforme les coquilles d’huîtres, de moules et de Saint-Jacques en un matériau écologique et esthétique.
Face à l’accumulation des déchets conchylicoles, une jeune entreprise bretonne a trouvé la parade : transformer les coquilles d’huîtres, de moules et de Saint-Jacques en un matériau écoresponsable et design. Fondée à Saint-Brieuc, Ostrea Design a conçu un « terrazzo marin » bas carbone et recyclable déjà adopté par VINCI, Bouygues ou encore l’Élysée. Forte d’une levée de 5 millions d’euros, la start-up vient d’ouvrir une nouvelle usine pour augmenter sa production et faire entrer l’économie circulaire dans une nouvelle dimension.
Ostrea transforme les déchets coquilliers en ressource
« Chaque année, la France produit environ 250 000 tonnes de coquillages, dont une grande partie finit en zone d’enfouissement technique. » peut-on lire sur le site web d’Ostrea. Pourquoi ? Parce que les coquilles d’huîtres, de moules ou encore de Saint-Jacques ne sont ni compostables, ni valorisables énergétiquement. Forte de ce constat, quatre amis bretons créent Ostrea. Objectif : trouver une solution de recyclage aux tonnes de coquilles issues de la filière conchylicole. Une problématique que connait particulièrement Tanguy Blévin, l’un des cofondateurs, dont le frère ostréiculteur peinait à gérer ses déchets. Après deux ans de recherche et développement, l’équipe met au point un « terrazzo marin » breveté, alternative aux pierres naturelles ou de synthèse. À ce jour, ce matériau écologique et haute performance est principalement utilisé dans l’aménagement intérieur et extérieur : plans de travail, mobilier ou encore objets de décoration.

Une levée de fonds pour industrialiser une économie circulaire
Le matériau innovant ressemblant à du marbre ou à une pierre naturelle est composé de 65% de paillettes de coquillages et de 35% d’une matrice minérale (sans résine) rencontre rapidement un vrai succès. Le concept séduit autant les investisseurs que les professionnels du design. En moins de deux ans, Ostrea a mené près de 200 projets. Parmi ses clients figurent des noms prestigieux, de la présidence de la République à Louboutin, en passant par Axa. La jeune deeptech collabore également avec des grands noms du BTP tels que VINCI, Bouygues, Saint-Gobain ou encore Schmidt. Signe de l’engouement pour ce matériau durable et esthétique, Ostrea a rapidement été confrontée à un problème de taille : une demande supérieure à sa capacité de production. Pour passer à la vitesse supérieure, en 2024, avec le soutien de Bpifrance, Ostrea a réussi à lever 5 millions d’euros, pour ouvrir une nouvelle usine à Thorigné-Fouillard près de Rennes. Objectif : multiplier sa capacité de production par 40. Cette levée de fonds doit également permettre de renforcer le pôle R&D, avec le développement de nouvelles applications comme les revêtements de sol et, à terme, des bétons structurels intégrant des coquillages. L’entreprise prévoit également de recruter afin de structurer une filière de récupération et de valorisation à grande échelle, tout en poursuivant son expansion internationale.

Ostrea, une démarche durable et « Made in France »
La démarche d’Ostrea s’inscrit dans la transition écologique du bâtiment, secteur parmi les plus émetteurs de CO₂. Résistant à la chaleur, aux UV, aux chocs et aux tâches, le matériau dispose des caractéristiques techniques semblables à celles de la pierre naturelle. Son procédé low tech, sans cuisson ni four, limite les émissions et préserve les ressources naturelles. Entièrement conçus et fabriqués en France, ces matériaux biosourcés favorisent les circuits courts et le développement local. L’entreprise, qui fait partie de la sélection 2025 de Challenges « 100 start-up où investir », vise un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros cette année et entend démontrer qu’une économie circulaire peut aussi être industrielle et performante.
