Acheter d’occasion séduit de plus en plus de consommateurs, attirés par l’idée de consommer autrement et de réduire leur impact écologique. Pourtant, cette bonne intention peut parfois cacher une autre réalité : celle d’une surconsommation déguisée, qui continue de peser sur l’environnement.
La seconde main séduit de plus en plus. Ses atouts : son aspect écologique et économique. En France, plus de 80% de personnes déclarent avoir déjà acheté ou vendu des produits de seconde main en ligne.
Mode et seconde main, la grande histoire
Tous les secteurs sont concernés par la seconde main, mais c’est le textile qui a particulièrement le vent en poupe. Une tendance notamment incarnée par les applications et les plateformes en ligne de seconde main. Selon une étude réalisée par l’entreprise Tripartie, sept personnes sur dix en Europe achèteraient des vêtements d’occasion en ligne.
C’est le cas de Clara, étudiante de 22 ans et fan de mode, qui n’hésite pas à refaire sa garde-robe sur Vinted lorsqu’elle estime que c’est nécessaire. « Ce que j’aime avec la seconde main, ce sont les jolies pièces que l’on trouve pour pas très cher. J’achète toujours de manière consciencieuse et uniquement quand j’ai besoin, pour ne pas surconsommer », assure-t-elle. De son côté, Coralie, jeune maman de 34 ans, utilise régulièrement les applications de seconde main pour habiller sa famille. « J’utilise Vinted depuis quelques années et Beebs depuis peu. C’est une application spécialisée dans les produits pour bébés. J’achète principalement des vêtements, que ce soit pour moi ou pour mon enfant. Certains articles d’occasion sont intéressants au niveau des prix. Il y a souvent des produits à vendre qui sont neufs, pas du tout abîmés. Ça évite de les jeter et de générer des déchets supplémentaires. »
Payer moins pour acheter plus
Coralie et Clara affirment n’acheter que ce dont elles ont besoin. Mais à l’autre bout du prisme, la seconde main n’est pas exempte de serial shoppers, adeptes de la surconsommation. Faire des économies peut pousser à acheter plus pour un budget fixé. Une étude menée par l’Ademe menée en 2022 révélait que près de la moitié des individus (45,3%) jonglait entre neuf et produits d’occasion. Leur motivation : s’offrir plus de loisirs et de produits à moindre prix. À prix cassés, les achats impulsifs ou par plaisir ne sont pas rares et concernent presque autant la seconde main que l’industrie du neuf.
Les articles de seconde main voyagent trop
La question des moyens de transport des articles de seconde main fait également grincer des dents. Noémie Balmat, spécialiste en innovation dans la mode et le luxe, juge la vente d’occasion comme étant peu écologique. « Est-ce que la seconde main est un concept bon pour la planète et l’ensemble du vivant ? Ma réponse est non. Il y a différentes façons de faire de la seconde main, mais cela sous-entend qu’il y a un impact sur le transport. On pense que Vinted est chouette, sauf qu’en coulisses, ce sont des personnes qui vendent et qui achètent à foison des produits qui voyagent partout en Europe« , explique l’experte. L’application lituanienne livre dans seize pays, principalement européens, mais aussi au Canada et aux États-Unis. Il est donc très simple de commander un produit à l’autre bout du monde et le recevoir presque immédiatement dans sa boîte aux lettres ou à son point relais. Pour rappel, le secteur des transports est l’une des industries les plus polluantes au monde. Alors que les émissions de gaz à effet de serre des transports ont baissé de 2% depuis 2015 en France, celles liées au transport des marchandises ont quant à elles augmenté de 6%. Notons tout de même que dans une étude menée par Vinted en mars 2023, l’entreprise affirme que 73% des transactions effectuées sur l’application en point relais et de dépôt, ont permis de réduire ses émissions de carbone de 62% par rapport à la livraison à domicile. Avec « Vinted Go », les vendeur·se·s déposent les colis dans des casiers spéciaux. Ceux-ci sont ensuite livrés en camionnette électrique à un autre point relais. Un moyen de transport qui, selon la société, permettrait de « réduire l’impact climatique causé par les livraisons ».
Quelles sont les alternatives aux applications de seconde main ?
Pas de quoi convaincre Noémie Balmat. Selon elle, si l’on veut préserver la planète, « il ne faut pas utiliser ces plateformes. Il est préférable de réparer, upcycler, troquer ou consommer en recyclerie ou chez Emmaüs. Je pense qu’il est plus intéressant de soutenir ce type d’associations. » Et elle n’est pas la seule à penser cela. En France, selon l’Ademe, plus de 83% des gens souhaitent que la croissance ne repose plus sur la production et la consommation. Parmi eux, 54% plaident en faveur d’une révision partielle du modèle économique actuel en privilégiant le réemploi, la réparation, le recyclage et les services partagés. Pour des achats impératifs, il existe des marques et des marketplaces engagées aux valeurs éthiques et éco-responsables. Vérifier la provenance des matières et des lieux de fabrication est aussi conseillé lorsque l’on souhaite acheter des vêtements ou des accessoires.